Vendredi 20 novembre 2009
5
20
/11
/Nov
/2009
20:46
Ce fut une journée difficile. Je l’ai suivie, regardée de mon regard vide. La journée s’est contentée de danser devant moi. Elle n’était pas très en forme, je crois. Elle ne
m’attendait pas. Elle n’attendait plus rien. Elle n’était qu’un arbre au milieu d’une forêt. Elle qui rayonne d’ordinaire, je l’ai trouvée terne, morne. Mais je ne voulais pas vous parler d’elle.
D’ailleurs, elle n’est pour moi qu’une raison de vivre, pas une raison de penser. Aujourd’hui, mes pensées étaient ailleurs. Loin d’elle et loin de
tout. Je me suis contenté de poser mes yeux sur ces arbres, et de les clore. Mes yeux.
Je me suis demandé pourquoi on restait sur place, à attendre que tout avance tout seul. Ou bien pourquoi
certains s’allongeaient sur les rails de leur vie en attendant que le train de leurs emmerdes leur passe dessus. Cela fait-il mal longtemps ? Est-ce que lorsque les roues passent sur la cage
thoracique, est-ce qu’ils entendront leurs côtes hurler et se séparer ? Et elles, pleureront-elles devant cette hécatombe ? Et leurs bras ? Se retourneront-ils ? Feront-ils de
jolis angles étranges ? Oh, pardon, je m’éloigne. Mais elle se pose parfois ces questions là. Comment est l’intérieur d’un corps humain ? Vais-je réussir mon contrôle ? Quelle
sensation procurent des doigts qui se craquent sous les nôtres ? Serais-je à l’heure ? Je peux toujours la pousser par la fenêtre. Je sui fatigué.
Je n’ai plus qu’à regretter de ne pas avoir su me taire. Peut être m’en voudra-t-elle de penser comme elle.
Mais ce genre de questions, je n’en suis pas sûre. J’aurai aimé être son antithèse, son contraire, la plus grande différence que l’on puisse trouver. Nous aurions alors eu tant de choses à nous
dire ? Mais ce soir, elle se tait, elle baisse les yeux et ne sourit pas. Je n’ai rien dit, et elle non plus. Elle me tient simplement les mains un peu plus fort qu’avant. J’attendrais que
ses yeux se ferment pour sourire. Je ne peux pas me contenter de la laisse m’écouter à déballer ma tristesse. Je vais, ce soir, lui dire à quel point je suis heureux de l’avoir contre moi. A quel
point être enfermé dans son cœur me fait plaisir. A quel point j’aime ce pouvoir dont elle abuse. A quel point ma vie est douloureuse, et à quel point elle l’adoucit en pleurant au dessus de moi
des larmes qui n’existent pas.
Je n’aime pas l’écouter respirer. Ca ne raconte rien. Et elle a tant de chose à dire. Alors je l’enferme à
mon tour. Je l’enferme contre mes grands bras maigres. Et je ferme son esprit, avale la clé. Plus rien ne la touchera, tant qu’elle ne le voudra pas.
« Je m’en fous, C., mais j’étais coincée entre vous deux. Je déteste ça. »
Par Crouboulou & cie
0
Jeudi 19 novembre 2009
4
19
/11
/Nov
/2009
20:59
Je m'appelle Dwail, j'ai 16 ans. Je n'existe pas vraiment, je me contente de vivre, un peu. Je
suis né un peu au hasard, d'un esprit un peu fou. Mais qu'importe, je suis vivant. Je n'ai pas vraiment de visage, du moins, pas encore. Je suis normal, banal et je ressemble à tous les autres.
Je sais que j'ai des yeux bleus, et que je ne suis pas bien fait. Il me semble que je suis étrange, gênant. Je dois avoir les cheveux trop sombres pour mes yeux clairs. Et la peau trop sombre,
aussi. Je crois que je surprends les gens que je rencontre, à cause de ces singularités. Mais je crois aussi qu'ils aiment bien si sentir plus normal que les autres. Ou, au moins, qu'une seule
personne. Je me plais à penser que je suis utile en montrant aux gens qu'ils ne sont pas étranges. Et puis, c'est la seule façon de me montrer vivant.
En vérité, je ne vis que pour elle. Je l'aime bien, mais je sais que jamais je ne pourrai l'avoir pour moi tout seul. Je suis trop discret, pas assez important. Pourtant, je sais aussi qu'il n'y
a qu'elle qui me connaît et m'apprécie. Il n'y a qu'elle qui me voit. Je sais qu'elle m'attend, parfois, alors je vais la voir. Elle m'écoute et me souris doucement. Je ne parle qu'à cette fille
qui me tient les mains, qui s'accroche à moi comme pour être différente. Comme pour fuir une réalité trop présente. C'est peut-être pour qu'elle fuie un peu plus cette réalité que je suis ici.
J'ai sûrement très envie de la combler, et de vivre pour elle une vie qu'elle regrette.
Elle est devenue mon but, cette vie qui n'est pas vraiment la mienne. De toute manière, rien n'est vraiment à moi. Je n'existe pas vraiment, je suis tout à elle. Je suis né de son esprit un peu
fou et un peu seul. Je suis à moi seul un monde à part, ce qu'elle veut et qu'elle cache. ce qu'elle regrette et repousse. Elle est un peu compliquée. Mais je l'aime bien.
Peut-être que tu ris de moi. Elle n'a pas ri de moi. Quand je me suis dessiné devant ses yeux, sous ses doigts et entre ses lèvres, elle n'a pas ri. Elle m'a juste fixé de ses grands yeux, et m'a
souri. Je suis Elle, maintenant, et ma vie, il ne tient qu'à elle de l'arrêter, de la rendre belle, de la colorier. J'aimerai te faire regretter de ne pas la connaître, mais je n'y
parviendrai jamais. Je ne peux que me contenter de la regarder de loin, de l'admirer et de faire ce que j'ai à faire. Mais tu seras ses yeux, et tu seras son coeur. Peut-être serais-je ridicule.
Mais Elle me verra à travers toi. Je serai alors vivant, j'existerai et porterai sur mon visage étrange, sur mon corps encore inconnu son regard délicat, et je sentirai alors la chaleur de son
souffle contre mon cou.
Merci à toi.
« J’aurai aimé que Dwail ne naisse jamais, pour ne jamais avoir à
l’apprécier. »
Par Dwail.
0